L’école allemande n’est plus un modèle

lundi 20 décembre 2004

Par Lise Joly, correspondante à Berlin pour Radio France

Les Français en rêvent encore de cette école allemande décentralisée, qui dépend de chacun des 16
Länder et qui semble beaucoup plus souple et beaucoup plus efficace que notre gros "mammouth".

Mais si les Français franchissaient plus souvent le Rhin, ils s’arracheraient les cheveux. L’école
allemande aujourd’hui est une catastrophe qui inquiète sérieusement les pouvoirs publics.

Dès le début, ça commence mal. À peine né, le nourrisson va passer au moins ses trois premières
années dans les jupes de sa mère car les crèches en Allemagne sont rares et ne fonctionnent que le
matin, l’Allemagne étant le seul pays européen à posséder jusqu’au bac un système à mi-temps. Car
l’enfant allemand ne doit pas être brusqué. C’est la conséquence du souvenir de l’embrigadement
nazi ou communiste.

À trois ans, les trois quarts des enfants fréquentent quand même le "Kindergarten" qui n’est qu’une
garderie. Et ce n’est donc qu’à l’école primaire, à 6 ans, que les enfants commencent à apprendre.

Pour les devoirs, les petits doivent retenir tout seul ce qu’ils ont à faire pour le lendemain. Et quand,
après ces quatre années, le moment de l’orientation arrive, à 10 ans déjà, seuls les meilleurs vont au
Lycée, le reste étant promis à la filière technique ou professionnelle.

La première, la Realschule est une sorte de collège qui conduit 40% des élèves à l’enseignement
technologique, la seconde (Hauptschule) est une sorte de cours complémentaire qui débouche, pour
20% des enfants sur une formation en alternance. Moins de la moitié d’une classe d’âge obtient
donc le baccalauréat, passé à 19 ans avec 4 matières seulement.

La plupart des Länder n’ont pas recruté de professeurs depuis les années 80, car ils manquent
d’argent. Alors, les profs n’ayant pas le droit de grève, font désormais 26-heures par semaine pour
deux matières enseignées, leurs horaires ont été augmentés mais pas leur salaire ! Le corps
enseignant est vieillissant, souvent malade, jamais remplacé. Les écoles n’ont pas de cantine, et peu
d’activités l’après-midi. Les parents sont appelés à la rescousse pour repeindre une salle de classe,
organiser une sortie, ou régler le problème du ménage.

Seules, les écoles de Bavière ou du Bad Würtenberg ont plus de moyens car ce sont les deux seules
régions riches. Et celui qui vient d’un autre Land doit souvent redoubler pour être au niveau. Quand
au bac, sa valeur dépend des régions. En Rhénanie Wesphalie, le bac est fabriqué sur mesure par
chaque établissement scolaire, celui de Bavière est régional. Difficile de s’inscrire avec un bac
passé à Cologne dans une université de Munich, le niveau est insuffisant.

C’est l’étude PISA, faite par l’OCDE, qui a réveillé les Allemands. Sur 32 pays étudiés, leurs élèves
sont arrivés en bas de tableau pour la lecture, l’écriture et les maths (21e et 25e place). Cette
révélation a provoqué une introspection sans fin. Et on rêve aujourd’hui d’une école à la française.


Commentaires

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mercredi 26 avril 2006 à 11h47 - par  Zabeth

Je vis en Allemagne depuis 30 ans et lorsque j’y suis arrivée venant d’Angleterre, j’ai eu un choc culturel : mon fils de 6ans, déjà scolarisé officiellement depuis l’âge de 4 ans et demi, a fait sa rentrée en septembre 1974, au compte goutte : 1 heure le premier jour, 2 heures le 2ème jour pour finalement avoir une semaine complète. Il commencait à 8h ou à 8h40 pour finir à midi, ou à 1h pu même parfois à 11h. Comment une femme peut-elle travailler ou même faire quelque chose. 30 après, rien n’a changé ou très peu : c’est ma fille qui se retrouve dans cette situation : 2 enfants dont 1 scolarisé depuis septembre 2005 et 1 en Kindergarten. La différence, c’est que ma fille accepte la situation plus facilement que moi, ayant été "conditionnée" par le système. C’est même un sujet de dispute entre nous.

mardi 29 novembre 2005 à 13h15

Je ne trouve pas du tout que l’école Allemande n’est plus un modél car, elle enseigne mieux qu’à l’école

Française

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