Extrait de l’argumentaire du collectif HALTE Incin’

samedi 18 décembre 2004
par  Collectif HALTE Incin’

NON à l’incinérateur : pollution, conséquences sur la santé...

L’incinération est un procédé de traitement des déchets par combustion.

Un procédé qui n’élimine pas réellement les déchets : "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme", a dit Lavoisier. Après combustion, on retrouve environ 30 % de la masse initiale sous forme de mâchefers, et de 3 à 5 % sous forme de résidus d’épuration des fumées. Le reste ne disparaît pas comme par enchantement mais est dispersé par la cheminée : beaucoup de dioxyde de carbone et de vapeur d’eau, bien sûr, mais aussi un très grand nombre de polluants, car les filtres ne retiennent pas tout : oxydes d’azote et de soufre, acide chlorhydrique, métaux lourds... Certains sont très dangereux, comme les dioxines ou les furanes. Les mâchefers doivent subir une "maturation" au cours de laquelle ils libèrent partiellement leur pollution et sont envisagés en soubassements routiers, ce qui reviendrait à disperser leur pollution résiduelle.

Les résidus d’épuration des fumées (les REFIOM) sont extrêmement toxiques et doivent être stockés en centres de classe I.

Ce sont les exploitants des incinérateurs qui sont chargés de contrôler la composition des mâchefers et le respect des prescriptions. Juges et parties. Vu les enjeux économiques, le pire est à craindre !

La pollution chronique engendrée par les incinérateurs nuit à l’agriculture et à l’industrie agro-alimentaire françaises, déjà mises à mal par les apports et traitements de l’agriculture productiviste. Les cultures, le bétail ou les volailles sont très vulnérables aux polluants atmosphériques. Le CNIID (Centre national d’information indépendante sur les déchets) affirme que sur les 40 produits analysés en mai 1997 (20 fromages, 8 beurres et 12 produits frais, desserts lactés et crèmes), tous étaient contaminés par les dioxines et que "les niveaux relevés par le ministère de l’Agriculture entraînent l’ingestion de doses dépassant plus de quatre fois les seuils fixés par le ministère de la Santé."

D’autres pollutions sont à craindre : olfactives, sonores, contamination de la flore et de la faune, renforcement de l’effet de serre (pour 100 000 tonnes, la quantité de dioxyde de carbone produite en une année est de l’ordre de dizaines de millions de mètres cubes)... L’image de la Dordogne propre, "Pays de l’Homme" où "il fait bon vivre" en prend un coup.

L’incinération des ordures ménagères est la principale source de dioxines. Les dioxines s’accumulent dans les graisses, le lait animal et maternel. Dix-sept des 210 isomères de dioxines sont à ce jour considérées comme toxiques. Véhiculée par une protéine, la molécule de dioxine pénètre le noyau de la cellule en passager clandestin et se fixe sur l’A.D.N. Intégrée à la délicate machinerie cellulaire, elle provoque des perturbations en envoyant des ordres inadaptés, avec pour conséquence une baisse des défenses immunitaires. Les dioxines agissent lentement mais leurs dangers sont réels et pervers, y compris à doses très faibles : l’O.M.S estime maintenant que le seuil tolérable pour l’homme est de 1 à 4 picogrammes par kg et par jour (un picogramme est un millième de nanogramme, soit un millième de milliardième de gramme !). Les dioxines causent des dérèglements de l’équilibre hormonal et du système nerveux, une baisse de la fertilité, des troubles de la reproduction... L’une d’elles est classée cancérigène par l’O.M.S. depuis avril 1997, elle favorise le déclenchement des cancers, accélère leur développement et modifie les défenses du système immunitaire. Des études allemandes constatent une recrudescence de maladies pulmonaires et de cancers. Les enfants sont plus exposés, et particulièrement les bébés allaités. Les dioxines provoqueraient, d’après une étude du Comité de la prévention et de la précaution (dépendant du ministère de l’Environnement) entre 1 800 et 5 200 décès annuels par cancer en France. Ces chiffres ne sont pas près de baisser car la molécule très stable des dioxines les rend peu biodégradables. Et les dioxines ne sont que les plus tristement célèbres des nombreux polluants produits par l’incinération.

Coûteux, sans contrepartie sociale Le dossier soumis à l’enquête publique annonce 255 millions de francs hors taxe pour l’usine d’incinération. Pour le fonctionnement, les 400 à 600 francs par tonne des incinérateurs actuels devront être réajustés en fonction de la sévérité croissante des normes.

La centralisation des déchets, contraire au principe de proximité, accentuerait les nuisances dues aux transports routiers, dont la mise aux normes est à prendre en compte. La ville élue (pas encore connue aux dires des responsables) est-elle adaptée pour recevoir cet afflux de poids lourds ? Ses habitants seront-ils consultés avant que la décision soit prise ?

On nous dit que l’incinération de 100 000 tonnes d’ordures par an pourrait fournir l’électricité à 5 000 logements. Mais quels déchets combustibles restera-t-il si on recycle vraiment le bois, le papier, les plastiques... ? Ou alors, que l’on dise tout de suite que l’on n’a pas l’intention de recycler au delà de 50 % des déchets ménagers et assimilés.

Le dossier évalue à 22 le nombre d’emplois créés par l’usine d’incinération. C’est bien peu par rapport aux emplois générés par le tri et le recyclage. De surcroît, de par l’existence de l’incinérateur, toute autre solution de gestion des déchets sera considérée comme non avenue. La réduction à la source, le tri et le recyclage, ne recevront pas l’attention qu’ils méritent en tant que seules solutions cohérentes, réparties géographiquement, à l’échelle humaine, créatrices d’emplois, saines, responsables, et respectueuses de l’avenir.


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