Avis de grands scientifiques

Incinérateurs et sécurité alimentaire
mardi 21 décembre 2004
par  Association Thiviers La Vie

J.F Narbonne

Spécialiste de toxicologie alimentaire, chercheur au CNRS, Professeur à l’université de Bordeaux, Expert de l’Agence française de sécurité sanitaire des Aliments (AFSSA).

Il a affirmé à Corgnac que « les dioxines sont dangereuses quand on les ingère, mais
pas quand on les respire. » Il confirmait ainsi son article publié par le Nouvel Observateur
du 6 mars 2003, p 82 ) :

Jean-François Narbonne : « Mais on a été trop longtemps victime d’une mafia des élus locaux,
celle qui présidait les syndicats intercommunaux de traitement des ordures. Ils ne voulaient pas payer
pour se mettre aux normes. Et les Préfets s’alignaient. En signant des arrêtés de dérogation qui,
lorsque les émissions, comme c’est parfois le cas dépassaient 300 fois les normes admises, ils se
comportaient bien légèrement avec la santé des gens... C’était un scandale analogue à celui de
l’amiante... »

Aujourd’hui le pire est passé et le taux d’exposition aux dioxines des Français a baissé de
moitié en cinq ans. Il est dans la moyenne européenne, « Ce qui ne veut pas dire : circulez, il n’y a
rien à voir », précise Jean-François Narbonne. En effet. D’abord parce que les effets des dioxines
s’exercent à long terme
. Paradoxalement, ce ne sont pas ceux qui vivent près des plus gros
incinérateurs, situés dans les banlieues des grandes villes, comme celui de Saint-Ouen qui brûle les
ordures de la Capitale, qui courent des risques réels. Parce que c’est par le biais de l’alimentation
qu’à 95% on accumule les dioxines dans le corps
. Et celles-ci se déposent à la surface du sol, sur
l’herbe, les feuillages, les fruits. Les vers de terre les concentrent avant de nourrir des poulets
biologiques en plein champ. Celui qui fait pousser ses salades à 1 km d’un incinérateur rural sera
beaucoup plus atteint que celui qui vit dans le voisinage d’une énorme installation d’incinération,
mais qui mange des produits venus d’ailleurs...
Mais surtout, on sait mal ce qui se passe dans le cas d’exposition à des doses faibles. »

La conclusion est claire : pas d’incinérateur en zone de production agricole. [1]

Pr Dominique Belpomme

Chargé de Mission par le Président de la République pour la mise en oeuvre du plan « cancer », professeur de cancérologie à Paris-V, fondateur de l’ARTAC, expert cancérologue auprès de la Commission européenne.

Il vient de publier un best-seller : « Ces maladies créées par l’homme : comment la dégradation
de l’environnement met en péril notre santé » Albin Michel 2004. ( ouvrage très informé, facile à
lire.) Nous avons retenu quelques passages :

« En tant que cancérologue , je me suis aperçu que le cancer était une maladie que notre société
fabriquait de toutes pièces et qu’il était en grande partie induit par la pollution de notre
environnement » p.10 « On soigne les malades atteints de cancer, et non l’environnement qui est lui-
même malade »

Concernant les normes : « Si les normes réglementaires fixant les doses de produits toxiques à des
seuils le plus bas possible peuvent rassurer, ces seuils sont en réalité le plus souvent encore trop élevés
pour éviter l’apparition de cancers
. Ainsi, concernant les cancers, les normes actuelles ne sont en fait
qu’un pis aller...
Elles tiennent compte , bien sûr des données expérimentales disponibles, mais aussi
des impératifs sociétaux et en particulier technico-économiques. Les seuils fixés correspondent à ce
qu’il est possible de faire au mieux, non nécessairement à ce qu’il faudrait faire. » p.63

Concernant les doses : « Ce n’est pas tant la quantité de dose reçue que sa répétition qui est à
l’origine des cancers... chaque dose, si faible soit-elle, pouvant être à l’origine d’un effet génotoxique
irréversible, c’est à dire d’une mutation qui se perpétuera au cours des divisions cellulaires. A la
différence des phénomènes de toxicité classique, dans le processus de cancérisation, il n’y a pas de
dose seuil, autre que celle liminaire, capable d’induire une mutation cellulaire. Il s’agit là d’une
différence capitale d’avec les toxiques classiques et qui explique souvent les différences de points de
vue entre les biologistes cancérologues et les toxicologues. » p. 63

Concernant l’interaction des molécules à l’état libre : « Toute pollution est en effet diffuse ;
plusieurs facteurs de cancérisation peuvent intervenir et se potentialiser entre eux » .p.72

Pr Gilbert Mouthon

Chef de service à l’Ecole Vétérinaire de Maison Alfort, Responsable « Eco-toxicologie des Aliments » à l’Institut Supérieur de l’Agro-alimentaire, Membre de l’Académie des sciences vétérinaires, Expert près de la Cour d’Appel de Paris, Expert
agréé par la Cour de Cassation, etc.

- Priorité à la santé publique et à la sécurité alimentaire : l’homme est le dernier
maillon
dans la chaîne alimentaire : accumulation de toxiques dans l’organisme et risques
d’effets à long terme, même à doses très faibles pour certains individus.

- Aspect juridique : responsabilité pénale des décideurs face à l’implantation de telles
installations dans des zones sensibles, lorsque ce décideur a eu connaissance d’effets nuisibles
pour la santé
. Il a évoqué les suites judiciaires données à des dossiers scandaleux où la
sécurité alimentaire n’avait pas été la priorité : (veau aux hormones, la vache folle...)

- Les incertitudes de la science, aujourd’hui, sont telles que le principe de précaution
s’impose : n’autoriser la mise sur le marché que de produits dont on est sûr : « quand on
n’est pas sûr, on s’abstient ».

Avis de l’Académie de Médecine

Émis par le groupe de travail du professeur Aurengo, accepté par le Conseil d’Administration et l’Assemblée de l’Académie, divulgué par la presse et pour le Gouvernement (on ne peut être plus officiel), mais aussi à l’international (texte anglais).

Académie de Médecine : Choix énergétiques et santé ; recommandations André AURENGO au nom d’un groupe de travail

« Après avoir examiné les relations entre choix énergétiques et santé, l’Académie fait, dans ce
domaine cinq recommandations. »

- point N° 2 : « Maintenir la filière nucléaire dans la mesure où elle s’avère avoir le plus faible impact
sur la santé par kwh produit par rapport aux filières utilisant des combustibles fossiles, les biomasses
ou l’incinération des déchets( en raison de la pollution atmosphérique qu’elles entraînent)...

- point N° 3 « Encourager un effort de recherche important dans le domaine des mécanismes et de
l’évaluation des effets sanitaires à faible dose... »

- point N° 4 « Poursuivre les efforts industriels et de recherche engagés avec succès depuis vingt ans
pour réduire la pollution due aux transports et aux rejets industriels et domestiques... »

- point N° 5 « Être attentif aux menaces que fait courir à la santé, par l’effet des changements
climatiques, l’augmentation de la teneur atmosphérique en gaz à effet de serre... »

Un avis de l’Académie de Médecine ne peut pas être traité à la légère. Il développe les mêmes
inquiétudes que la majeure partie de la communauté scientifique . L’heure est à la prudence pour les
décideurs informés : les victimes n’hésitent plus à demander réparation
. L’heure est aussi à la sagesse
, les enthousiasmes de la fin du siècle dernier se calment devant les déboires provoqués par des
technologies ambitieuses mais mal maîtrisées. Les victimes qui paient le prix fort le rappellent à
chacun de nous.

Autre nouveauté : un rapport d’enquête publique

Il émane de la Préfecture de Vesoul , Haute-Saône, juin 2003. Il concerne l’installation d’un centre de tri et d’un incinérateur sur la commune de Noidans-le-Ferroux ; nous citons la conclusion du § 1.3.3 Risques pour les diverses productions :

« Les risques de contamination des diverses productions sont avérés et conséquents. Les cultures
d’oléagineux et les élevages (viande et lait) sont particulièrement exposés et soumis à un climat de
suspiscion légitime. Le choix d’une entreprise enclavée dans une contrée à vocation agricole est mauvais
et représente à notre sens un vice rédhibitoire incontournable. » Les trois commissaires enquêteurs à
l’unanimité ont émis un « avis défavorable » au plan

Extrait de la revue Sciences et Avenir, mai 2004

44 parlementaires européens ont subi un examen sanguin. Résultat :
tous sont contaminés par un cocktail de polluants chimique : pesticides, PCB, retardateurs de flammes
bromé (dans les circuits imprimés), phtalates et produits chimiques perfluorés. « Ce constat va aider
les gens à se rendre compte que si leur environnement est contaminé, ils le sont aussi. »

Et si nos Conseillers Généraux se faisaient faire le même examen sanguin
avant de prendre la décision finale !


Pour la partie concernant la sécurité alimentaire, voir les pages 1 à 4 du document ci-dessous :


[1Il serait souhaitable que le département de la Dordogne intègre à son plan la notion de « sécurité alimentaire » et « qu’il prévoie des procédures d’évaluation des risques encourus » (art.5 de la charte de l’environnement.)


Commentaires

Brèves

7 novembre - Québec - Zéro déchet : plus qu’une nouvelle vague, un mode de vie nécessaire

Le 24 octobre dernier, Impact Campus a assisté à la Conférence Zéro Déchet et alternatives à (...)

29 janvier - Déchets : la Chine ferme sa poubelle, panique dans les pays riches

Un avertissement pour La Réunion : Aforstan alé a lo, i fo in zour kalbass i pèt (...)

12 décembre 2017 - Après la pollution et les morts, le temps du procès pour l’incinérateur de Vaux-le-Pénil

L’incinérateur de Vaux-le-Pénil (Seine-et-Marne) a intoxiqué pendant près de 30 ans les habitants de (...)

7 décembre 2017 - Les vies brisées des riverains de l’incinérateur de Vaux-le-Pénil

La commune de Maincy, en Seine-et-Marne, et 165 personnes poursuivent la communauté (...)

6 décembre 2017 -  Actualité Société Au procès de la pollution d’un incinérateur, le paradis perdu des villageois

Ils s’étaient installés dans ce coin de Seine-et-Marne à la recherche d’une vie saine, mais les (...)

28 octobre 2017 - BRUXELLES : Tous les sacs dans le même panier vers l’incinérateur ? Les verts veulent une commission spéciale

Certains sacs jaunes, bleus ou oranges se retrouvent-ils avec les sacs blancs ? La question se (...)