Alsace : à l’attention des élus

mardi 21 décembre 2004

Extraits

Chaque habitant produit actuellement en France en moyenne 370 kg de déchets ménagers par an soit plus d’1 kg par jour.

La moitié va en décharge ou en incinération et ne sont pas recyclés, valorisés.

Le prix de la collecte des déchets est passé de 75 € à 150 € la tonne.

Les particuliers payent la redevance Ordures Ménagères sur la valeur locative de leur logement et non pas sur le volume ou le poids de leurs déchets [1].

Les industriels payent une taxe « Eco-Emballages » minime et sont grands producteurs de déchets [2].

L’équivalent allemand d’Eco-Emballages (DSD-Dual System Deutschland) rembourse aux collectivités 25 à 27 € par habitant et par an alors qu’en France, on en est à peine à 6 € habitant/an. Ce qui explique qu’il n’y a que peu d’incitation à produire moins d’emballages.

Entre quelles solutions vous a-t-on demandé de choisir au nom de la population dont vous êtes un élu ? Vous a-t-on expliqué les impacts d’un incinérateur surdimensionné ? Vous a-t-on expliqué les conséquences sur les infrastructures routières (d’ailleurs à la charge du Conseil Général ?) sur le trafic routier ? Vous a-t-on expliqué l’impact bruit ? L’impact sur le microclimat ? Les retombées sur la végétation ? Avez-vous interrogé vos concitoyens ? Est-ce ce qu’ils le veulent pour leurs enfants ? Vous a-t-on expliqué l’effet cumulatif des rejets même infinitésimaux, l’effet cumulatif de certaines substances dans la vie d’un homme ?

Entre une solution de fuite en avant et la même solution de fuite en avant, vous n’avez pas le choix ? Cette décision d’un futur incinérateur vous est imposée, la suite du projet vous échappera-t-elle aussi ? Pour décider de telle ou telle capacité, vous êtes-vous informés de manière contradictoire, de toutes les options possibles et d’abord de celles qui préservent l’avenir ? Exigez, avant toute nouvelle décision, que l’ensemble des paramètres et scénarios vous soient communiqués à partir d’études croisées et indépendantes.

L’Alsace, le Haut-Rhin est une des régions les plus polluées de France, une où l’effet de serre est le plus élevé, où les paysages sont les plus saccagés par l’industrialisation sauvage, notre région comprend de nombreux sites Seveso. Pensez-vous qu’il y a cohérence entre développement touristique, rural, agricole, maraîcher (Gerplan) et promotion à l’incinération à outrance comme solution d’avenir ?

Dans le domaine des déchets, député, conseiller général, maire ou conseiller municipal, par votre vote, vous avez l’opportunité de mettre tout à plat puisque vous êtes les seuls acteurs décideurs de votre ? de notre avenir ? et de celui des générations futures.

Incompétence politique

Bien que les erreurs politico-économiques passées ne permettent pas présentement d’abandonner complètement l’incinération, il faut admettre que ce procédé d’élimination des déchets n’a plus d’avenir dans un objectif de préservation à moyen terme des potentialités biologiques de la planète, et que cela plaise ou non aux décideurs politiques et privés, il va bien falloir mettre en oeuvre un processus généralisé de valorisation des produits résiduels depuis la source de production jusqu’à l’étape transitoire du recyclage, ou de la revalorisation matière sans utiliser l’atmosphère comme décharge principale de nos miasmes polluants. Si les ménages ont répondu très favorablement aux expériences de tri et de compostage qui leur ont été proposées par des élus courageux, responsables et prévoyants, et qu’ils ont atteint des résultats remarquables, notamment dans la Communauté de communes de Dannemarie, ou le secteur de Ribeauvillé par la pesée embarquée, force est de reconnaître que trop de professionnels industriels et commerciaux n’affichent pas les mêmes dispositions civiques en produisant annuellement 100 000 tonnes/an de déchets industriels bruts, mélangés et non triés pour le seul département du Haut-Rhin.

De surcroît, les chaînes de distribution n’offrent à leurs clients aucune possibilité de dépôt des emballages inutiles des produits achetés en sortie de caisse. Quant aux fabricants, leurs emballages et sur-emballages ne font l’objet d’aucune réglementation, laissant aux clients le soin de payer ces emballages à l’achat, et de payer leur élimination en bout de chaîne. En évoquant le monstrueux gaspillage des montagnes de documents publicitaires, les sommets de l’ineptie sont atteints. Quant aux boues de stations d’épuration que l’on se propose d’incinérer parce que l’agriculture n’en veut plus, il faut bien reconnaître que l’hyper-centralisation des effluents liquides sur de grosses unités de traitement a largement favorisé la contamination des boues par des substances résiduelles toxiques qu’il eut été aisé de piéger à la source par des installations spécifiques ou des campagnes d’information du public. Vu sous l’angle cru de la réalité et de l’objectivité des faits, la construction d’un incinérateur est, à l’heure du développement durable, un terrible aveu d’incompétence politique, et surtout un remarquable outil de promotion de l’incivilité puisqu’il invite à jeter sans trier pour assurer le remplissage maximum nécessaire au bon fonctionnement et à l’amortissement financier de la bête incinératrice. Dans une région qui se classe également en tête dans les chiffres nationaux traduisant la fréquence des cancers, la dispersion atmosphérique de dioxines supplémentaires ne va sans doute pas dans le sens de l’amélioration de ces statistiques oncologiques.

Dany DIETMANN, maire de Manspach, professeur de biologie.



[1« Volume embarqué » signifie que le prestataire de la collecte propose 6 à 10 tailles/volumes de poubelles et chacun paye en fonction du volume de sa poubelle. Ce qui est un premier pas vers une réduction des déchets ménagers à la source par l’acte d’achat et de consommer.

[2Eco-Emballages est une société anonyme, créée à la suite du décret 92-377 du 1er avril 1992 par un certain nombre d’entreprises dont Nestlé, Danone, l’Oréal. Cette société a une « mission d’intérêt public » pour « installer sur tout le territoire la collecte sélective, le tri, le recyclage » et est re-agréée de proche en proche par les pouvoirs publics qui exercent un droit de regard sur les travaux de la commission de concertation formée par Eco-emballages et l’Association des Maires de France. Eco-Emballages perçoit de la part des entreprises 0,61 € par emballage portant le logo et est tenue « d’assurer aux collectivités territoriales le remboursement du surcoût susceptible de résulter pour celles-ci du tri des déchets ».


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